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Le parti est la dictature contemporaine... il est «l’appareil de gouvernement» de la dictature contemporaine... puisqu’il représente le pouvoir d’une fraction sur l’ensemble. Il est de nos jours le dernier en date des appareils dictatoriaux. Et comme le parti n’est pas un individu, il reflète une démocratie apparente en forgeant des assemblées ou des commissions, sans compter la propagande à laquelle se livrent ses membres. Le parti n’est nullement un appareil démocratique, parce qu’il se compose de gens qui ont les mêmes intérêts... ou les mêmes vues... ou la même culture... ou qui font partie d’une même région... ou qui ont la même idéologie... et qui se regroupent en un parti pour assurer leurs intérêts ou imposer leurs vues, ou étendre le pouvoir de leur doctrine à la société toute entière. Leur objectif est de parvenir au pouvoir au nom de l’exécution de leur propre programme. Il n’est pas démocratiquement admissible qu’un parti gouverne le peuple tout entier car celui-ci est constitué d’intérêts, d’opinions, de tempéraments, d’idéologies ou d’origines différents.
Le parti est un appareil de gouvernement dictatorial permettant à ceux qui ont les mêmes conceptions ou les mêmes intérêts de gouverner le peuple, n’importe quel peuple, comme un tout... Or par rapport au peuple, le parti est une minorité. Former un parti c’est mettre en place l’instrument qui permettra de gouverner le peuple... c’est-à-dire gouverner ceux qui sont en dehors du parti par le moyen du parti, car le parti se fonde essentiellement sur une théorie autoritaire et arbitraire, à savoir le despotisme de ses membres sur les autres éléments du peuple... Le parti avance que son arrivée au pouvoir est le moyen de réaliser ses objectifs, et que ses objectifs sont ceux du peuple; telle est la théorie qui justifie la dictature du parti et qui sert de base à toute dictature. Quel que soit le nombre de partis, cette théorie est toujours la même. Mieux l’existence de plusieurs partis exacerbe la lutte pour le pouvoir... qui aboutit à l’anéantissement de tout acquis du peuple, et sabote tout plan de développement de la société. C’est cette destruction qui justifie la tentative du parti rival de prendre la place du parti au pouvoir. La lutte des partis, si elle ne se solde pas par la lutte armée — ce qui est rare — prend la forme de la critique et du dénigrement mutuels. C’est un combat qui se déroule nécessairement au préjudice des intérêts vitaux et suprêmes de la société, dont certains membres sinon tous font inévitablement les frais de la lutte des appareils pour parvenir au pouvoir. Car c’est dans l’effondrement même de ces intérêts que le parti (ou les partis) d’opposition trouve la preuve de la justice de son argumentation contre le (ou les) parti au pouvoir. Le parti d’opposition, en tant qu’appareil de gouvernement désirant parvenir au pouvoir, doit nécessairement abattre l’appareil en place, et pour ce faire il lui faut en saper les réalisations et en dénigrer les projets, même si ceux-ci sont profitables à la société; et ce pour justifier l’incapacité du parti au pouvoir à gouverner. Et c’est ainsi que les intérêts de la société, et ses projets deviennent les victimes de la lutte des partis pour le pouvoir. Certes le conflit né de la multiplicité des partis suscite une activité politique intense mais il n’en demeure pas moins que ce conflit est d’une part destructeur politiquement, socialement et économiquement et d’autre part, se solde toujours par la victoire d’un appareil semblable au précédent, c’est-à-dire par la chute d’un parti et la victoire d’un autre. Mais c’est toujours la défaite du peuple... et donc la défaite de la démocratie. En outre, les partis peuvent être achetés ou corrompus, aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. A l’origine le parti s’érige en représentant le peuple, puis la direction du parti devient la représentante des membres du parti, puis le président du parti devient le représentant de la direction. Ainsi le jeu des partis se révèle comme un jeu comique et trompeur, basé sur la caricature d’une démocratie au contenu égoïste, et fondée sur le jeu des manœuvres politiques. Le système de partis est donc bien l’appareil de la dictature moderne. La dictature du parti est une dictature sans masque, que le monde n’a pas encore dépassée, c’est réellement la dictature de l’époque contemporaine. Le Parlement du parti victorieux est le parlement de ce parti; et le pouvoir exécutif mis en place par ce Parlement est le pouvoir du parti sur le peuple; le pouvoir du parti qui est censé être au service de tout le peuple est en réalité l’ennemi juré d’une fraction du peuple, celle constituée par le ou les partis d’opposition et leurs partisans. L’opposition n’est donc pas le censeur populaire du parti au pouvoir; mais plutôt elle guette son heure pour accéder elle-même au pouvoir. Selon la thèse de cette démocratie moderne, le censeur légitime du parti au pouvoir est le parlement, dont la majorité des membres appartiennent au parti gouvernant; c’est-à-dire que la censure est entre les mains du parti gouvernant, et que le pouvoir émane du parti censeur; et c’est ainsi qu’apparaissent clairement l’imposture, la falsification et la fausseté des théories politiques dominant actuellement le monde, et dont est issue la démocratie classique dans sa forme actuelle. «Le parti ne représente qu’une fraction du peuple, alors que la souveraineté populaire est indivisible» «Le parti gouverne à la place du peuple, alors qu’il ne doit pas y avoir de substitut au pouvoir du peuple» Le parti est la tribu des temps modernes... c’est la secte. La société gouvernée par un parti unique est complètement semblable à celle gouvernée par une seule tribu ou une seule secte; car le parti, comme cela a été déjà souligné, est l’expression des conceptions et des intérêts d’un seul groupe de la société; d’une seule idéologie, ou une seule origine. Le parti est en fin de compte une minorité, par rapport au peuple tout entier; tout comme la tribu ou la secte qui est une minorité par rapport au peuple. Cette minorité a les mêmes intérêts ou la même idéologie sectaire. De ces intérêts ou de cette idéologie découle la même conception. Il n’y a pas de différence entre un parti et une tribu sinon le lien du sang, qui a d’ailleurs peut-être existé à la naissance du parti. La lutte des partis pour le pouvoir ne diffère en rien de la lutte des tribus et des sectes pour le pouvoir. Si le système tribal ou sectaire est politiquement rejeté et honni, il doit en être de même pour le système des partis, car tous deux procèdent de la même démarche et conduisent au même résultat. Pour la société, la lutte des partis a un effet aussi néfaste et destructeur que la lutte tribale ou sectaire. |
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